Esclavage des enfants au Bénin : la réplique de Emmanuelle Sodji à Bintou Adam Taro

C’est par une lettre ouverte que la journaliste Emmanuelle Sodji a répondu à la déclaration de la Ministre des Affaires Sociales et de la Microfinance du Bénin  Bintou Chabi Adam Taro suite à la diffusion de son documentaire intitulé « Les enfants esclaves du Bénin » sur la télévision française TF1. Surprise par la réaction de la ministre en réponse à la diffusion de son enquête, Emmanuelle Sodji a apporté des clarifications sur les contextes de la réalisation de son documentaire et lève l’équivoque sur tout amalgame avec la situation d’esclave en Libye. Lire la lettre.

 Lettre ouverte à la ministre béninoise des Affaires sociales, Bintou Chabi Adam Taro

Madame la Ministre,

J’avoue que j’ai été surprise par le temps que vous avez dû consacrer à la rédaction d’un communiqué en réponse à une enquête diffusée sur un media.

D’autant que le documentaire en question n’a porté aucune accusation, ni contre votre ministère, ni contre le gouvernement.

Vous évoquez le voisinage de sa diffusion avec l’actualité en Libye. Il s’agit juste d’un concours de circonstances.

Dans la mesure où un tel documentaire diffusé sur la chaîne privée française ne se réalise pas en un jour.

Il faut du temps pour repérer les lieux, prendre des contacts, échanger avec les protagonistes avant la production proprement dite.

Nous avons commencé à travailler sur sa réalisation depuis un an. Bien avant le reportage de CNN.

Nous avions eu le feu vert pour tourner avec une trafiquante à la fin du mois d’août. Par ailleurs, ce n’est pas la première fois que nous travaillons sur ce phénomène. J’ai déjà signé des sujets similaires sur France 24 et TV5 Monde sans que cela ne pose le moindre problème au Bénin.

A aucun moment, le documentaire ne fait allusion à l’actualité en Libye, même si le présentateur de l’émission, dans son lancement, l’a présenté comme une autre réalité de l’esclavage qui sévit dans ce pays.

L’esclavage, le mot peut sembler fort. Mais il n’en existe pas d’autre pour définir ce que vivent ces jeunes enfants.

Si le dictionnaire définit l’esclave comme une personne soumise complètement à quelqu’un d’autre ou à une autorité, les Nations Unies définissent comme esclavage moderne, des situations d’exploitation qu’une personne ne peut refuser ou quitter en raison de menaces, de violences, de contraintes et/ou d’abus de pouvoir.

Si les « vidomègon » du Bénin et les « amégbonovi » du Togo ne sont pas esclaves, leur situation  y ressemble.

Je remarque qu’à aucun moment, vous ne mettez en doute les faits documentés dans notre enquête, puisque vous parlez de « pratique séculaire dévoyée ».

Exactement comme dans le documentaire.

L’écrivain George Orwell, qui toute sa vie a plaidé pour une langue claire et un style simple, en était convaincu : « la liberté est liée à la qualité du langage, et les bureaucrates qui veulent détruire la liberté ont tous tendance à mal écrire et mal parler, à se servir d’expressions pompeuses ou confuses, à user de clichés qui occultent ou oblitèrent le sens ».

Personnellement, je milite pour l’utilisation de mots précis et justes qui vont de pair avec des informations exactes. C’est la raison pour laquelle les images n’ont pas été floutées.

Les faits que nous abordons sont tellement sensibles que nous ne voulions en aucun cas donner à qui que ce soit l’opportunité de se cacher derrière « l’anonymat » du floutage pour se dérober à la vérité. Tous les témoignages de l’enquête sont consentis par qui de droit.

C’est la ligne de l’émission dans laquelle le sujet a été diffusé.

Au risque de déplaire à mes confrères journalistes béninois qui se sont érigés en donneurs de leçons ces derniers jours, je voudrais dire que la presse n’est pas la caisse de résonance des institutions. « Les trains qui arrivent à l’heure, ça n’intéresse personne. »

Oui, cette formule qui a fait le tour des écoles de journalisme de la planète est encore d’actualité.

Notre devoir est d’aider nos concitoyens à regarder en face les tares de notre société afin de mieux les combattre.

Madame la Ministre, c’est bien de rappeler les efforts du gouvernement.

En septembre 2017, dites-vous, vous avez tiré plus de 120 enfants de l’esclavage, pardon de l’engrenage de l’exploitation économique et du travail ?

Simplement, il y a encore 5.000 enfants à Dantokpa et 40.000 dans tout le Bénin qui travaillent 14 heures par jour comme Agathe (13 ans) ou 10 heures par jour comme Victoire (5 ans).

Bien respectueusement.

Emmanuelle Sodji

4 commentaires
  1. Ac dit

    Très bien mme sodji. Très belle réponse à cette ministre qui ne veut pas voir la réalité en face.

  2. Berlin dit

    Merci Madame Sodji. Ce sujet de « vidomègon » bien traité sur 7 à 8 est une victoire pour les enfants ESCLAVES du Bénin. Tous les hommes politiques en possèdent chez eux sans inquiètude. Que Mme Taro soit dérangé, je peux comprendre car elle est du nord et le phénomène y est bien enraciné. Le sujet concerne toute l’Afrique. Merci d’avoir mis le doigts dans cette gangrène….Les SOGLOS et ceux qui sont contre ce beau documentaire peuvent confier leur enfants à d’autres familles pendant une semaine dans les mêmes conditions que les vidomègon, et on verra s’ils seron fière les jours d’après….

  3. Berlin dit

    Merci Madame Sodji. Ce sujet de « vidomègon » bien traité sur 7 à 8 est une victoire pour les enfants ESCLAVES du Bénin. Tous les hommes politiques en possèdent chez eux sans inquiètude. Que Mme Taro soit dérangé, je peux comprendre car elle est du nord et le phénomène y est bien enraciné. Le sujet concerne toute l’Afrique. Merci d’avoir mis le doigts dans cette gangrène….Les SOGLOS et ceux qui sont contre ce beau documentaire peuvent confier leur enfants à d’autres familles pendant une semaine dans les mêmes conditions que les vidomègon, et on verra s’ils seront fière les jours d’après….

  4. Fabrice dit

    Emmanuelle SODJI, c’est très facile de passer faire un tournage rapide dans un pays et d’en tirer les conclusions qui font vendre votre documentaire à travers le monde.
    L’autre aspect que tu oublies certainement c’est que, lorsqu’il s’agit d’informations sensibles concernant une nation, il faut bien choisir ces mots.
    Je me demande bien ou avez-vous eu votre formation en journalisme.
    Quand une journaliste de votre niveau ne sait pas faire la différence entre « enfants placé sur accord de ses parents auprès de personnes socialement mieux aisés pour permettre l’émancipation de l’enfant »; et « l’esclavage proprement dite, qui ne requiert aucun accord ni consentement de la personne à exploiter ».
    Vendre un documentaire à tout prix pour faire le buzz c’est bien, mais travailler professionnellement pour faire des enquêtes constructives c’est encore mieux.
    De telles propos dans un documentaire dans un état, si tu ne le savais pas Emmanuelle SODJI est une insulte au gouvernement, et donc en droit être considéré comme propos diffamatoires, et te coûter bien plus que tu ne le crois.
    La liberté de la presse oui, mais la liberté dans le professionnalisme est encore mieux, au risque de se heurter aux rigueurs de la loi.
    A bon entendeur, salut Emmanuele SODJI.

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