Égypte : une répression sans pareille, plus de 33 journalistes actuellement emprisonnés

Après la révolution de 2011 et la chute d’Hosni Moubarak et du pouvoir militaire, l’arrivée de Mohammed Morsi à la tête de l’Égypte avait fait espérer une amélioration dans le pays rongé par les inégalités et muselé par la dictature. Les manifestations massives de défiance à l’égard de la politique liberticide du dirigeant islamiste, un an plus tard, mettront fin à cet espoir. Abdel-Fattah al-Sissi avait succédé à Morsi en 2014, après un putsch mené par l’armée suivie d’élections.

Le leader nationaliste avait alors été élu en mai 2014 avec 97% des voix. Mars 2018, l’actuel chef de l’État égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, a assuré sa réélection avec près de 97 % des voix.

Mais, seul quelque 25 millions d’électeurs se sont rendus aux urnes, sur près de 60 millions de personnes inscrites sur les listes, soit un taux de participation de 42,08 %, selon le quotidien Al-Ahram. Parmi eux, environ 23 millions ont voté pour Abel Fattah al-Sissi, selon ce journal.

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Arrestations, répressions policières, intimidations, le lot quotidien des égyptiens

Les ONG internationales de défense de droits de l’Homme dénoncent régulièrement la répression implacable menée depuis 2013 contre les militants islamistes proches des Frères musulmans, puis contre les militants laïcs et de gauche par le régime du président Abdel Fattah Al-Sissi, réélu en mars 2018.

Au nom de la stabilité et de la lutte contre le terrorisme, l’ère Sissi a pris une tournure impitoyable. Moomen, qui anime le site Internet Civic Egypt, se sait sous haute surveillance après avoir reçu la visite et les menaces de la police nationale pour avoir publié un article sur les relations entre l’Égypte et Israël. Moomen se veut serein malgré tout.

Nahla, terrorisée, donne rendez-vous via le réseau sécurisé Signal, puis éteint son téléphone pour ne pas être pistée. La jeune femme médecin qui se revendique agnostique et qui tenait des propos très libres sur son blog, dorénavant en sommeil, a été convoquée trois fois par la sécurité. « Les lieux sont faits pour vous terroriser », tremble-t-elle encore.

Une armée plus puissante que jamais

En Égypte, le maréchal Al Sissi entend garder le pouvoir.  « Tout lui appartient ! Les autoroutes, les stations-service, les commerces, les hôtels, etc., elle ne lâchera jamais ce pouvoir immense », soupire un jeune religieux chrétien qui fut aussi un révolutionnaire. À Alexandrie, elle s’est approprié une part de la corniche et de la plage pour y construire des complexes hôteliers. « Le président n’a pas envisagé de parler au peuple, ni de présenter un programme, pour lui ce scrutin est une perte de temps, fait valoir le politologue Mustafa Kamel Sayed. Sa seule inquiétude concerne le taux de participation qui sera faible. »

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Jeudi 24 mai, le parquet égyptien a ordonné le placement en détention pour une durée de quinze jours du blogueur et journaliste Wael Abbas le temps d’instruire une enquête pour liens présumés avec une organisation illégale et publication de fausses nouvelles, rapporte l’agence de presse officielle Mena. Dans un message posté sur son compte Facebook dans la nuit du mardi 22 au mercredi 23 mai, Waël Abbas a écrit ce message : « Je suis en train d’être arrêté ». Il se trouvait alors à son domicile du Caire.

La semaine dernière, l’avocat et militant des droits de l’homme Haitham Mohamedine a été arrêté, soupçonné d’appartenance à une organisation terroriste.

Les ONG internationales de défense de droits de l’Homme dénoncent régulièrement la répression implacable menée depuis 2013 contre les militants islamistes proches des Frères musulmans, puis contre les militants laïcs et de gauche par le régime du président Abdel Fattah Al-Sissi. Au moins 33 journalistes, journalistes-citoyens et blogueurs sont actuellement détenus en Égypte selon Reporters sans frontières..

Un pays entre « dictature militaire et les islamistes fanatiques »

Et toute activité est devenue dangereuse. Rock a eu le tort de participer aux manifestations contre la rétrocession des îles Tiran et Sanafir de la mer Rouge à l’Arabie saoudite au printemps 2017. Cela lui valut une condamnation à deux ans de prison et finalement cinq mois de détention, pour appartenance aux Frères musulmans considérés comme terroristes. « Mais je suis chrétien !,s’exclame-t-il, on vous accuse de n’importe quoi pour vous mettre en prison. »

Le médecin activiste Taher Mokh­tar avait arrêté de militer dans son parti socialiste révolutionnaire et déménagé au Caire après le coup d’État de 2013, croyant être plus en sécurité dans la capitale. Mais ses nouvelles activités contre la violence policière lui ont valu sept mois d’incarcération en 2016 avant de gagner la France. « Nous sommes coincés entre la dictature militaire et les islamistes fanatiques. »

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