Burundi : partira ou partira pas, Pierre Nkurunziza plonge le monde dans le suspense

Contre toutes les attentes de l’opinion burundaise et internationale, l’actuel chef de l’Etat Pierre Nkurunziza a annoncé qu’il ne se portera pas candidat à la prochaine Présidentielle de 2020. C’était jeudi dernier, à Bugendana, province de Gitega, à plus de 120 km de Bujumbura, au centre du pays, à l’occasion de la promulgation de la nouvelle constitution, approuvée par référendum le 17 mai dernier avec plus de 73% des voix.

«La Constitution n’a pas été amendée pour le président Pierre Nkurunziza, comme les ennemis du Burundi le colportaient ces derniers jours », a-t-il déclaré, notant que c’est pour le bien, la dignité, la quiétude et l’avenir meilleur du Burundi et des Burundais. Il a encore souligné: «Je suis engagé et préparé en âme et conscience, avec toutes mes connaissances et tous mes efforts à soutenir le nouveau président de la République que nous élirons en 2020».

«Un piège», crie l’opposition. «En février 2012, dans une réunion des organes exécutifs du parti au pouvoir, Pierre Nkurunziza avait annoncé qu’il n’allait pas violer la Constitution pour se faire réélire en 2015», a rappelé Léonidas Hatungimana, opposant en exil joint par l’agence Anadolu. Cet ancien porte-parole du président évoque la tentative de réviser la Constitution via l’Assemblée nationale en 2014. Et «malgré l’échec et sa déclaration de 2012, il a foncé et s’est fait réélire en juillet 2015».

Pire encore, malgré le fait qu’il ait déclaré, en 2015 qu’il s’agit de son dernier mandat, Nkurunziza s’est rétracté en décembre 2016, en annonçant lors d’une conférence publique que «Si le peuple l’exigeait, il allait obéir et se fera réélire encore», rappelle Hatungimana. En outre, fin 2014, Nkurunziza faisait croire qu’il ne voulait pas se représenter. «Il avait même demandé à quelques généraux de lui trouver un successeur », affirme Hatungimana, déplorant que cela ne l’a pas empêché de les contourner pour les diviser, afin qu’ils ne parviennent pas à un consensus.

« (…Nkurunziza voudrait endormir l’opposition…) »

Et Hatungimana de résumer: «Il semble que Nkurunziza voudrait endormir l’opposition et la Communauté internationale». Dans cet ordre d’idées, R.B., un politologue burundais qui a requis l’anonymat pour des raisons sécuritaires, constate qu’il s’agit d’«une stratégie pour calmer les esprits ». En effet, justifie-t-il, à l’intérieur du parti présidentiel, une grande fronde se préparait déjà. En exil aussi, des opposants menacent de destituer Nkurunziza par les armes.

Au plan géopolitique, cet analyste signale que Bujumbura est de plus en plus isolé et perd graduellement sa crédibilité. La récente délocalisation du 20ème sommet du Marché commun de l’Afrique orientale et australe (Comesa), qui devait se tenir à Bujumbura du 1er au 10 juin en est l’une des preuves.

Le politologue évoque, en outre, l’Union européenne qui, à la suite du forcing référendaire du 17 mai, menace de renforcer les sanctions économiques et le gel d’aides directes au gouvernement. Or, les conséquences de telles décisions ont déjà causé des dégâts. Cas de la dépréciation de la monnaie burundaise par rapport au dollar américain. «Elle est estimée à plus de 60%» depuis 2015, chiffre-t-il.

Au niveau régional, il évoque le départ de Jacob Zuma en Afrique du Sud qui soutenait le président Nkurunziza. C’est aussi le cas Magufulli de la Tanzanie qui semble jouer un double-jeu : «D’un côté, il soutient Bujumbura, mais de l’autre côté, il entretient des bonnes relations avec Kigali». Or, commente-t-il, la sagesse burundaise dit que «l’ami de ton ennemi est ton ennemi». Malgré tous ces éléments, cet analyste reste sceptique quant à la bonne foi du président Nkurunziza. «L’annonce de jeudi peut-être un piège pour identifier les frondeurs de 2020. Une stratégie de les endormir et s’occuper d’eux le moment venu», glisse-t-il.

«Qu’on le laisse continuer à nous diriger»

Pour rappel, pour briguer un 3ème mandat, Paul Kagame, le président rwandais, a justifié que sa décision résulte de la volonté du peuple. Pour certains burundais, un nouveau mandat de Nkurunziza, ne pose aucun problème. Bien au contraire, certains aiment qu’il reste eu pouvoir.  «Nous aurions aimé que Nkurunziza nous dirige jusqu’à la fin de sa vie. Il a ramené la paix dans le pays », a réagi, Simon Ngendanzi, un sexagénaire, de Bugendana, interrogé après cette annonce.

Mélanie, la quarantaine, évoque quant à elle, les mesures de gratuité des soins de santé pour les enfants de moins de cinq ans et pour les femmes enceintes jusqu’à ce qu’elles accouchent. «Qu’on le laisse continuer à nous diriger», plaide-t-elle. Pour sa part, Abel Gashatsi, président du parti Uprona, proche du pouvoir croit à la bonne foi du président Nkurunziza : «C’est vraiment sage et nous espérons qu’il tiendra parole en 2020». Idem pour Kefa Nibizi, président du parti Frodebu-Nyakuri pro-Bujumbura : « C’est un signe de respect de la démocratie. Et sûrement qu’il tiendra promesse».

A ceux qui doutent encore, Jean-Claude Karerwa Ndenzako, porte-parole du président Nkurunziza clarifie: « Même si les Burundais lui demandaient de se faire élire, il ne le ferait pas. La nouvelle Constitution lui donne certes le droit de se présenter comme tous les Burundais, mais elle ne l’y oblige pas tout de même ». S’exprimant sur les ondes de la radio privée Isanganiro, dimanche, il a déclaré que parmi des millions de membres du parti au pouvoir, ‘’Nkurunziza peut avoir un successeur’’.

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