1 500 nouveaux cas de cancer chaque année au Bénin; le glyphosate au banc des accusés

Le procès contre la société « Monsanto » aux USA ravive au Bénin, le débat sur l’utilisation du pesticide « glyphosate » condamné pour son caractère cancérigène. L’alerte sur la dangerosité du  produit a été lancée il y a un an par le docteur Brice Sohou. Mais les autorités béninoises n’ont pris aucune disposition pour limiter les dégâts.

La réception par le ministère de l’agriculture de plus de 900.000 litres de glysophate il y a deux semaines au port autonome de Cotonou a relancé de plus belle la polémique autour de la question du caractère cancérigène de cet herbicide qui a valu une condamnation au lobbying mondial de ce produit, la société « Monsanto ».

La question de l’herbicide glyphosate, une question de santé publique

L’herbicide « Glyphosate » est reconnu en 2015 comme un produit cancérigène par le Centre International  de cancer. La société « Mosanto » qui commercialise ce produit avait été déjà condamnée d’une lourde peine d’amende par le tribunal international citoyen de la Haye: La sanction infligée à cette société est assez lourde parce que l’utilisation de ces pesticides dangereux pour l’univers et l’environnement est considérée comme un crime écocide ou crime de guerre.

A l’annonce de cette condamnation, Brice Sohou, Docteur Géoscience, spécialiste des risques et catastrophes de l’université de Liège a lancé la campagne: « Bénin sans pesticide« . Une campagne qui vise à attirer l’attention des autorités béninoises sur les effets néfastes de l’utilisation de ces herbicides sur les nappes phréatiques des cours d’eau du pays et par ricochet sur la santé des populations béninoises.

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Mais malgré l’alerte donnée par ce dernier et toutes les propositions qu’il a faites aux autorités du pays, celles-ci semblent  minorer les dégâts que subissent la population béninoise du fait de l’utilisation de ces produits dangereux. La preuve, malgré le procès contre le lobbying « Mosanto » pour crime écocide, le gouvernement a réceptionné plus de 900.000 litres de ce produit en vue de la campagne cotonnière qui s’annonce.

Utilisation des herbicides au Bénin: un état des lieux choquant

Au Bénin, près de 1 500 nouveaux cas de cancer sont enregistrés chaque année. Un chiffre effarant qui ne semble pas émouvoir outre mesure les autorités du ministère de la santé. A en croire le Dr Enagnon Brice Sohou, spécialiste des risques et catastrophes, la situation engendrée par l’utilisation des herbicides chimiques est préoccupante.

Selon lui, tous nos cours d’eau sont pollués par l’utilisation des pesticides qui expose l’ensemble des populations des différentes communes à des risques sanitaires liés au cancer. « …L’eau de la société nationale des eaux du Bénin (Soneb)  est  le premier vecteur des pesticides en République du Bénin. Aller au barrage d’okpara, on a les preuves scientifiques de la présence du glyphosate et même sa présence dans le sang humain, dans le sang d’un diabétique » a laissé entendre Enagnon Brice Sohou.

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Mais ce qui choque le plus, c’est l’indifférences des autorités du pays qui semblent ne pas mesurer l’ampleur du drame environnemental qui se joue avec la production cotonnière par l’utilisation des herbicides chimiques. Aucune mesure de sensibilisation de la population vis-à-vis de ces produits au point où les récipients de glyphosate sont recyclés et utilisés pour la conservation des produits alimentaires dont le vin de palme.

« Vous savez,  depuis quelques jours, si on n’a vraiment un ministère du cadre de vie, si on n’a vraiment un gouvernement qui défend l’humanité , la nature, c’est que le jugement de ce lobbying mondial doit amener les autorités du Bénin à prendre leur responsabilité. Ils ont passé quel communiqué, le ministre du cadre de vie a passé quel communiqué pour dire que le glyphosate est dangereux ou pas. » s’indigne le spécialiste des risques et catastrophes sur une chaîne de télévision locale.

Le silence des autorités du Bénin face à ce drame est lourd de conséquence pour la population du pays. L’une des conséquences est l’apparition chaque année de près de 1 500 nouveaux cas de cancer. « Le lac nokoué est devenu le lieu d’accumulation de tous les herbicides du Nord, la vallée de l’Ouémé est aussi polluée. Nous sommes dans un pays où on a plus de 1500 nouveaux cas de cancer par an. Allez poser la question au ministère de la santé, s’ils viennent me contredire , alors-là, mettez moi en prison. On n’arrive même pas à se poser la question de savoir quelle en est la cause de ces pollutions » martèle Brice Sohou.

Pour lui, la question doit être considérée par les autorités comme une question de santé  publique, car l’eau que nous fait boire la Soneb est une eau impropre contenant des micro particules dus à l’utilisation des herbicides.

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« Nos autorités savent que la production du coton bourre nos cours d’eau. Elles savent que la Soneb n’a aucune méthode pour enlever ces molécules chimiques de l’eau que nous consommons. Quel appareil peut filtrer les micro-particules qui ont la dimension  d’un noyau …la population est intoxiquée de manière chronique et on ne peut pas nous dire  dans 5 ans,  dans 10 ans, quel sera le niveau de pollution de ces cours d’eau. Au temps du président Boni Yayi, il y a eu la proposition pour la création du centre de radiothérapie pour le traitement du cancer au Bénin, on en est où? allez à Calavi , c’est dans la brousse. C’est le premier centre qui devait s’occuper du traitement; mais ça fait couler des lames; au même moment où on expose la population à ce rythme de cancer, au même moment, on bloque la création de ce centre. » s’indigne Brice Sohou.

Le mal avance, les autorités indifférentes

Cela fait plus d’un an que l’alerte contre l’utilisation de ces herbicides a été lancée par le spécialiste Brice Sohou qui a entrepris plusieurs démarches auprès des autorités du Bénin pour que la question soit prise au sérieux afin que des solutions palliatives soient trouvées pour contourner l’utilisation de ces herbicides.

A en croire le spécialiste, les autorités du pays sont très peu préoccupées par la question. Pour eux, l’urgence n’est pas à ce niveau mais aux différentes réformes en cours. Un député du bloc de la majorité parlementaire approché par Brice Sohou aurait même lancé qu’il faut laisser détruire avant de construire. « J’ai eu même à discuter avec un député du bloc de la majorité parlementaire qui m’a fait savoir que ce n’est pas l’urgence pour le moment. Il a même ajouté que dans les pays développés, les gens ont détruit d’abord avant de commencer par construire » a t-il laissé entendre.

Le régime du « Nouveau Départ » préoccupé par le bien-être des béninois doit davantage prendre ses responsabilités face à cette question de préoccupation publique. Des actions urgentes et énergiques doivent être menées pour circonscrire le mal d’autant plus qu’il y a d’autres solutions pour faire face aux désherbages des champs.

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