Bénin: le cliché spirituel du pays sera révélé le 1er Décembre prochain par le « Tofa »

C’est devenu une tradition au Bénin. À la veille d’une nouvelle année, les « boconon » et autres prêtres du fâ se réunissent pour consulter cet oracle (consultation divinatoire) afin d’interroger l’avenir du pays; ce qui pourrait survenir dans le pays en bien ou mal. Pour cette fin d’année 2018, la consultation du fâ se fera le 1er Décembre. A quelques jours de l’événement, les différents « bokonon » et autres dignitaires des cultes endogènes, s’affairent pour donner à cette rencontre un cachet particulier.

Comme à la fin de chaque année, les différents « bokonon » et autres dignitaires des cultes endogènes, se réuniront le 1er Décembre 2018 pour consulter le « Tofa » afin d’interroger l’avenir du pays sur le plan politique, social, économique et même humain.C’est l’association des « FAGBASSA » et « BOKONON » du Bénin, et l’association « Tofa« , en collaboration avec l’Authentique et Universel Ordre de la Reine Mère qui organisent le rituel divinatoire de ce Samedi. Plusieurs délégations de l’intérieur du pays, sont attendues pour cet événement. Mais pour beaucoup de béninois, le « Tofa » donne l’impression d’être un instrument de peur. Une science qui ne voit que le mal; qui ne distille que la peur dans les consciences car estiment-ils, toutes les prédictions annoncent des moments apocalyptiques.

Origine et historique du fâ:

Le Fa est un système divinatoire originaire du Nigéria et utilisé par les populations du Bénin dans un but de s’informer sur ce que leur réserve l’avenir ou sur des problèmes précis. C’est aussi un moyen utilisé pour avoir des explications sur des phénomènes de la nature, des comportements d’une personne, le devenir d’une activité, l’avenir en général. Il est dit et pratiqué par le « babalao » chez les Yoruba ou le « bokonon » chez les Fon.

Le Fa  est une entité qui fait appel à 16 signes appelés « Doû » et qui à leurs tours donnent naissance à 256 autres signes. Chaque consultation du Fa met en exergue chacun de ces signes qui véhiculent une littérature, une éthique, du spirituel et un savoir thérapeutique.

Le Fâ est une science divinatoire utilisée dans le golfe du Bénin par les populations en prévision de l’avenir ou lorsqu’ils sont sujets à des difficultés. Dans l’un ou l’autre des cas, on le consulte pour différentes raisons :

–  à la naissance d’un enfant ( yé nan kan Afodjèto), pour les enfants âgés, généralement de 0 à 6 mois, pour savoir sa ligne de vie ou son destin, ce que la vie lui réserve.

Pour avoir le Djoto de l’enfant  » yé nan kan djoto » ( chercher l’ancêtre sous lequel l’enfant s’est réincarné ou celui qu’il incarne car on suppose que chaque être est la réincarnation d’un ancêtre.), on pourra ainsi connaître les caractères, les comportements, les aptitudes de l’enfant à l’avance.

– également le fâ  »yé nan yi fâ » pour les Hommes et on parle précisément de  »sin fa » pour la femme car on suppose que c’est un rituel qui nécessite beaucoup de moyens et qu’elle peut se contenter de cette étape, et  »tè fa » pour l’homme.

– pour finir, il y a aussi le fait de  »lè fa » (laver le fâ) rituel d’entretien du fâ.

En dehors de ces grandes étapes qui rentrent dans la pratique du fâ, il y a ce qui est usuel et très courant  » yé ni kan fâ » (Aller consulter le fâ).

La consultation du fâ intervient donc à différentes occasions et pour différentes raisons. Selon que l’on ait recourt au fâ pour une raison ou pour une autre, la procédure n’est pas la même. Dans les cas où on doit  »kan fa », » lè fa »,  »Kan afodjèto », le bokonon peut être seul et la cérémonie est très simple. Dans ces premiers cas, il utilise son chapelet (appelé AKPLEKAN chez les fons et AGOUMANGA chez les yoruba Nago) ou les noix de colas. A ces occasions, il chante, il prononce des incantations, dit des proverbes mais surtout, il raconte les mythes du fâ.

S’agissant de  »kan djoto » ou  »yi fa », la cérémonie est beaucoup plus grande et fait intervenir d’autres acteurs tels que d’autres Bokonons invités pour l’occasion. Selon les besoins, ils peuvent être des aînés ou non et sont sollicités pour leurs expertises. Toutefois, le collège est présidé par le bokonon en chef, ou le Babalao. Il y a également les Favis (assistants qui ne sont rien d’autres que les bokonons en devenir ou en formation) qui ont pour rôle d’aider les bokonons en faisant les petites courses ou en remplissant d’autres tâches et les « tangninons » ( tantes) qui se chargent de préparer les repas d’accompagnement des cérémonies.

Il y a par ailleurs, des chants et des danses pour accompagner les cérémonies qui durent plusieurs jours. Notifions que ces cérémonies elles-mêmes ne reposent plus sur le fâ mais découlent du diagnostic du fâ posé lors de la consultation. Concernant la consultation, elle est faite suivant deux méthodes, à savoir la méthode du « akplèkan » ou « Agoumaga » qui n’est autre que le chapelet qui à l’origine, était composé de cauris, la monnaie de l’époque, reliés les uns aux autres par un fil tissé.

Mais aujourd’hui, il peut être composé soit de noix de pommes sauvages ou de noix de avini ou de noix de palme, voire même des capsules. La seconde méthode utilise plutôt des graines de palme encore appellées les noix sacrées. Encore appellé  »le grand jeu » par Julien ALAPINI dans son ouvrage intitulé Les noix sacrées. Cette méthode utilise au total 18 noix de palme polies. En lieu et place du chapelet. Le prêtre fâ, lors de la consultation, lance les 18 graines et selon qu’elles retombent sur leurs faces concaves ou convexes, pose son diagnostique et peut l’approfondir davantage. Notifions que cette méthode très originale est celle des grandes occasions et à un caractère spéciale; elle se présente sous deux formes: Le du Fâ « alodokpo » ( le fâ avec une main) ou Le du Fâ « Alowé »( le fâ avec les deux mains) .

Concernant la consultation proprement dite et, selon qu’on veuille utiliser l’une ou l’autre des méthodes, le consultant à son arrivée donne une petite somme au Bokonon qui la dépose aussitôt à côté de lui, en ajoutant soit un fruit du bonduc ( appelé communément « adjikouin »), soit une cauris. Le visiteur assis en face de lui, ramasse le fruit, l’approche de ses lèvres et lui confie sa préoccupation et le dépose.

Le bokonon prend alors son chapelet (ou les noix) et le lance. Les éléments du chapelet retombent soit en face concave ou convexe. La face concave (celle ouverte d’un demi-noyau ) est représentée par un trait vertical (I) et celle convexe (celle tournée vers le haut) est représenté par deux traits verticales( I I ). Les consultations sont suivies de recommandations du bokonon voire des sacrifices que le visiteur doit faire avec ou sans le prêtre pour obtenir satisfaction.

Dans le cas spécifique du tô fâ, il ne s’agit plus d’une consultation individuelle; mais la consultation pour toute la communauté. Et quand les boconon établissent leurs prédictions, la question est posée de façon générale. Beaucoup d’accidents est annoncé au cours de l’année, il n’est pas possible d’établir les communautés dans lesquelles vont survenir les accidents. Les malheurs sont annoncées comme devant survenir à toute la communauté; et c’est à ce niveau que nous estimons à notre avis que le « tô fâ » doit aller plus loin pour ne pas être un véhicule de peur qui prend en otage tout un pays.

 

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