Bénin: Patrice Talon pourra-t-il faire face aux implications de sa main tendue?

Les deux obstacles à la main tendue du président Patrice Talon pourraient être  l’amnistie à ceux qui sont considérés comme les exilés politiques et l’annulation des élections législatives du dimanche 28 avril 2019. Deux exigences déposées sur le bureau du chef de l’Etat.

A la faveur de son message du Lundi 20 Mai 2019 adressé à la nation, le président de la République a fait une ouverture dans la crise socio-politique qui secoue le pays depuis les dernières élections législatives en promettant convoquer des échanges francs avec la classe politique. Le mardi 21 Mai lors d’un point de presse organisé au siège dit de la résistance, les forces de l’opposition ont abordé les préalables à ces « échanges francs » évoqués par le président Talon.

Talon pourra-t-il payer le prix du dialogue avec la classe politique?

Au-delà du débat de sourd qui se mène entre le pouvoir en place et l’opposition qui se rejettent réciproquement la responsabilité de la situation socio politique actuelle du pays, deux obstacles majeurs se dressent devant la volonté de dialogue émis par le président Patrice Talon lors de son message du lundi 20 Mai 2019. La première exigence est l’annulation des élections législatives dernières et la seconde, l’amnistie générale et le retour au bercail des exilés politiques.

Ainsi, la remise en cause de la huitième législature installée le 16 mai dernier et l’organisation  d’une législative  inclusive constituent les préalables exigés par les forces de l’opposition pour participer à un éventuel « échange franc » promis par le président Patrice Talon. Cette exigence de l’opposition constitue en elle même un frein à cette discussion évoquée par le président Talon lors de son dernier message au peuple. Un véritable frein quand on connaît les conditions dans lesquelles les dernières élections législatives ont été organisées.

Sans vouloir revenir sur tout ce qui s’est passé, il serait tout de même utile de rappeler que plusieurs émissaires des organisations internationales ont défilé dans le pays invitant à une élection inclusive; des voix se sont élevées dans le monde entier pour appeler à la préservation de la paix et à l’organisation d’une élection qui tienne compte de tous les composants de la classe politique. Au plan national, des professeurs et constitutionnalistes sont montés au créneau proposant des pistes de sortie de crise. Mais face à tous ces appels , le gouvernement et son chef sont restés impassibles et ont conduit le processus jusqu’à terme en militarisant les villes clés du pays. Les événements des 1er et 2 mai 2019, ont été l’une des conséquences de la posture du gouvernement à appliquer à tout prix les textes querellés.

Dans ces conditions, pensez, ne serait ce qu’un instant, que  le gouvernement remette en cause la huitième législature serait donc illusoire. En conséquence, l’opposition résistante ne pourra participer aux débats.

Ce qui pourrait être fait par  Patrice Talon

Les préalables de l’opposition « résistante » pour participer à un éventuel échange franc entre le président Talon et la classe politique ne seront de toute évidence pas réalisés. La seule option qui s’offre au chef de l’Etat serait de se rabattre sur l’opposition constructive, à savoir le parti Force Cauri pour le développement du Bénin (FCDB) qui a d’ailleurs déjà accueilli la main tendue du chef de l’Etat et sur certains anciens partenaires politiques qui ont été recalés lors du dernier processus électoral comme le PRD, l’UDBN, Moele-Bénin et l’alliance DUD de Valentin Houdé.

Ce serait finalement les leaders de ces formations politiques qui prendront langue avec le chef de l’Etat au nom de la classe politique. Mais ceux-là peuvent-ils se battre pour le retour des exilés politiques?

Quid de l’amnistie aux exilés politiques ? 

S’il est presque impossible de croire que les dernières élections législatives du dimanche 28 avril 2019 pourraient être annulées pour accéder aux exigences de l’opposition, amnistié les exilés politiques ne nous semble pas être aussi compliqué.

Le chef de l’Etat, le président Patrice Talon lors d’une première audience qu’il a accordée à l’ancien maire Nicéphore Soglo avait fait la promesse de « baisser la tension  » en prenant des actes pour amnistier les exilés politiques. Cette promesse faite au président d’honneur de la Renaissance du Bénin et dont la non-tenue suscite chez ce dernier la rage d’avoir été floué est une option réalisable.

Cela fait d’ailleurs partie des demandes formulées par la conférence épiscopale du Bénin dans sa dernière lettre pastorale où elle demande le retour de tous les exilés au bercail. Satisfaire à cette exigence ne coûterait pas au chef de l’Etat les yeux de la tête d’autant plus que lui-même en a fait les promesses au président Nicéphore Soglo.

En somme, si dialogue il y aura , il risque bien de se tenir  uniquement avec les partis UNDB de l’honorable Claudine Prudencio, la DUD, de l’honorable Valentin Houdé, le PRD de Me Adrien Houngbédji, la FCDB de Soumanou Toléba, Moelle-Bénin de Jacques Ayadji. Ces différentes chapelles politiques  n’ayant aucun de leurs partisans  en exil, le débat avec le chef de l’Etat ne sera donc pas accentué sur le retour éventuel des exilés politiques dont les partis d’origine sont dans une posture plus radicale avec le régime de la rupture. En conséquence, la probabilité pour que l’opposition n’ait pas gain de cause pour ses exigences est assez élevée.

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