Enlèvement de touristes au Parc Pendjari: quid des alertes du capitaine Patrice Trékpo ?

L’enlèvement de deux touristes et leur guide, tué, dans le parc de la Pendjari au Bénin fait depuis le 1er mai le gros titre des médias du Monde. La Pendjari qui jusque-là était considérée comme une destination prisée pour sa faune sauvage serait-elle au bord du précipice sécuritaire malgré l’alerte du Capitaine des Eaux et Forêts, Patrice Trékpo ?

Le 24 août 2017, l’ONG African Parks Network prend en main la gestion du parc national de la Pendjari, le plus grand parc animalier du Bénin, suite à une concession signée avec l’Etat béninois. Invité dans l’émission « Morning Live » de Golf Tv le 03 septembre 2017, Patrice Trékpo, Secrétaire général du Syndicat national des Eaux, Forêts et Chasse (SYNA-EFC), a déploré l’allure que prend la gestion du parc de la Pendjari, sous la direction de l’ONG African Parks.

En effet, au cours de cette émission, le Capitaine Patrice Trékpo a entre autre dénoncé les clauses de non-ingérence contenues dans la concession du parc de la Pendjari qui imposent le retrait des agents des forces armées des eaux et forêts de sa gestion. Une dénonciation jugée calomnieuse par les autorités gouvernementales, notamment son ministre de tutelle, José Didier Tonato, qui a pris de sévères mesures de sanction à l’encontre du soldat.

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D’abord, le syndicaliste écope d’un arrêt de rigueur de 45 jours qui s’est prorogé à 60 jours. Il a ensuite écopé de trois mois de suspension de salaire avant d’être révoqué du personnel des eaux, forêts et chasse en Conseil des ministres le 13 décembre 2017. « La procédure ayant conduit à la révocation du Capitaine Trékpo du personnel des Eaux et des Forêts est émaillée d’irrégularités et viole systématiquement les textes qui régissent cette corporation », avait déploré le juriste Prince Agbodjan qui avait parlé d’atteinte aux libertés syndicales.

L’Ong African Parks en ligne de mire

Dans une déclaration de presse le 18 décembre 2017, la centrale des syndicats des travailleurs du Bénin (Cstb) avait tiré la sonnette d’alarme sur les implications de la gestion déléguée du parc aux sud-africains. Selon leur déclaration, « avec les réformes initiées tous azimuts par le Président Patrice TALON, la gestion du Parc Pendjari est confiée à une ONG sud-africaine dans une opacité totale, par procédure de gré à gré. Or dans les années 1990, les sud-africains avaient déjà opéré des captures d’hypotragues dans le parc  Pendjari pour aller enrichir les parcs de leur pays ».

Cela veut dire, à en croire ces responsables syndicaux, « que si on leur confie la gestion de nos parcs, ils vont les vider d’ici là de leurs espèces essentielles pour aller renforcer les parcs de leur pays. Cette idée est d’autant plus probable qu’ils ont déjà construit un aéroport à l’intérieur du parc Pendjari ».

Une situation ambiguë

Le 1er mai 2019, deux touristes français ont été enlevés dans le parc de la Pendjari. Leur guide, un béninois, qui était avec eux au moment de leur enlèvement a été retrouvé mort dans le parc.  “Des sources mauritaniennes et maliennes confirment que le chauffeur aurait été retrouvé mort, tué par balles. Le véhicule qui les transportait est calciné. Il a été retrouvé à moins d’une centaine de kilomètres de la frontière avec le Burkina », a détaillé la correspondante de France 24 au Bénin, Emmanuelle Sodji. « Les deux Français seraient dirigés vers le Mali”, a-t-elle ajouté.

Un drame « jamais vécu » dans le pays qui laisse croire que le parc de la Pendjari est devenu une destination risquée pour les touristes.  Et pourtant, le parc aurait une brigade spéciale composée de « rangers » sous commandement de l’ONG African Parks. En effet, dans un communiqué de Presse en date du mercredi 31 janvier 2018, la National Geographic Society, African Parks, le Gouvernement du Bénin et la Wyss Foundation ont annoncé un partenariat inédit pour sécuriser et réhabiliter l’un des derniers espaces sauvages d’Afrique de l’Ouest, le parc national de la Pendjari au Bénin. Ensemble, les quatre partenaires s’engagent à consacrer d’ores et déjà plus de 23 millions de dollars pour sauvegarder et protéger le parc.

African Parks face aux questions de sécurité du parc de la Pendjari…

Le parc de la Pendjari est situé à l’extrême nord-ouest du Bénin, dans le département de l’Atacora, sur les communes de Tanguiéta, Matéri et Kérou, à la frontière du Burkina Faso. Une zone jugée vulnérable face à la stratégie d’expansion et de multiplication des fronts adoptés par les groupes terroristes selon plusieurs experts et sources sécuritaires. La sécurité du parc apparaît donc comme un défi majeur pour ses gestionnaires.

Par note de service n°68/DGEFC/DOFP/SGCDP/SA du 06 septembre 2017, la Direction générale des eaux, forêts et chasse a désigné les officiers subalternes et de sous-officiers des eaux, forêts et chasse pour la participation au processus de recrutement des rangers de la brigade spéciale de la Pendjari. Selon certains hauts gradés de l’armée de terre du Bénin, cette note de service a le mérite de légitimer les craintes du Capitaine Trékpo au sujet de la sécurité et de la sauvegarde des espèces du parc de la Pendjari.

Au regard de l’actualité, la question sécuritaire dans le parc de la Pendjari se pose avec acuité au point où on est en droit de se demander quelle est aujourd’hui l’efficacité du partenariat entre la National Geographic Society, African Parks, le Gouvernement du Bénin et la Wyss Foundation  pour sécuriser le parc ou encore de la brigade de « rangers » d’African Parks. Un questionnement qui relance le débat sur les inquiétudes soulevées à l’avènement d’African Parks par le Capitaine Trékpo que le Gouvernement béninois a, semble-t-il, muselé. Le business autour des attraits du parc de la Pendjari a-t-il emporté sur les questions de sécurité du parc, gage de la promotion du tourisme tant prônée par le président Talon ?

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