Une aventure archéologique unique au Bénin

Le Bénin, de nos jours, est connu comme un pays riche sur le plan historique et culturel.  L’histoire la plus connue est celle du royaume du danxomɛ (1600-1900). C’est vrai que l’histoire de ce royaume bénéficie d’un fort témoignage oral et d’une large documentation écrite. Le royaume du danxomɛ, aussi prestigieux soit-il, est une histoire relativement récente. Lorsque vous recherchez un peu en arrière, il devient de plus en plus dur de creuser.

IMPORTANT :
Ce texte est une tribune de la Tour de Théo
Le principal objectif de ce post est de relater certains événements dont j’ai été témoin de la manière la plus simple et la moins longue possible. Je peux orienter les personnes désireuses vers les versions scientifiques publiées par les archéologues. Les questions, suggestions, critiques sont les bienvenues.

Certes, on sait qu’avant l’arrivée des fondateurs du danxomɛ, il y avait déjà sur place des yoruba et des nago (peuples qu’on retrouve essentiellement dans la Nigéria actuelle), des akan (du Ghana)…On sait aussi que les royaumes du danxomɛ et de xɔgbonu (aussi connu sous les appellations de ajacɛ ou Porto-Novo) sont nés de l’éclatement de celui d’alada (ou ardres dans certains documents). Le royaume d’Alada a été fondé au 14e siècle. Ajahutɔ, l’ancêtre mythique des rois du danxomɛ, de xɔgbonu et d’Alada vient de tado (ou sado), actuel sud-est du Togo.

Après des conflits de succession au trône, il fuit avec les siens de tado en passant par dahɛ, dedomɛ, dekanmɛ (régions situées dans l’actuel Bénin mais qui n’ont jamais constitué des royaumes selon mes informations) avant Alada. Le royaume xweda de savi (ou xavi), quant à lui, n’est pas le plus ancien du sud du Bénin. Il a été fondé au 16e siècle. Mais les fouilles menées par les archéologues Kenneth Kelly et Neil Norman n’ont fourni que des vestiges entre 1600 et 1900, en majorité des objets issus des échanges avec des Européens. Certains de ces vestiges sont actuellement exposés au musée d’histoire de Ouidah, (ancien fort portugais). Bref !

En ce qui concerne le nord actuel du Bénin, Niki, le royaume le plus connu du septentrion, a été fondé entre le 15e et le 16e siècle. Malheureusement, l’histoire des peuples du nord du Bénin est moins documentée que celle des peuples du sud… Il est donc très difficile de relater l’histoire du Bénin actuel au 11e, 12e ou 13e siècle de notre ère par exemple. Pas parce qu’il n’y avait rien. Des peuples y vivaient déjà mais leur histoire est très mal connue de nos jours. Mais un incident inattendu, pourtant, comblera une partie de cette lacune.

En effet, en 1998, une compagnie danoise qui était en charge des travaux de construction d’une route prévue pour contourner le centre-ville de Bohicon, vit une de ses lourdes machines s’affaisser dans un « trou ». Ce qui devait être un incident banal sera à partir de cet instant le début d’une grande aventure archéologique jamais réalisée au Bénin.

Une aventure archéologique unique au Bénin (Ep 1)

1998 à Bohicon. Lors des travaux de la construction de la route prévue pour désengorger le trafic autour de ladite ville, l’une des machines qui travaillaient disparut soudain au fond d’un « trou ». La compagnie danoise qui était en charge de réaliser ce projet ABOKI (Abomey Bohicon Kétou Ilara. Mais comme il est de coutume chez nous, le « I » fut mangé par les experts et il ne resta que ABOK) alla chercher des grues au port de Cotonou pour ressortir sa machine. A la sortie de cette dernière, les travailleurs découvrirent des entrées, en bas, qui donnaient accès à des compartiments secondaires. Les riverains qui connaissaient déjà l’existence de ces abris leur apprirent qu’ils avaient affaire à des « awhando » qui avaient servi de cachettes et de stratégie de guerre aux rois du danxomɛ. La machine n’était tombée que dans un seul « awhando ». Il y a avait encore beaucoup d’autres autour de celui détruit par le lourd engin.

Très vite, les Danois se rendirent compte de la valeur historique des abris. Ils prirent contact avec les autorités béninoises et le Royaume du Danemark. Le Bénin envoya le professeur Adandé du département d’archéologie du Bénin, le Royaume du Danemark le professeur Klavs Randsborg de l’université de Copenhague. Les premières descentes sur le terrain confirmèrent le caractère multi séculaire, ingénieux et extraordinaire des abris. L’intérêt suscité par cette merveilleuse trouvaille encouragea le Royaume du Danemark à mettre sur pied et à financer un projet de fouilles archéologiques.

Les premiers travaux ciblèrent la zone où la machine s’était affaissée dans l’arrondissement de Agongointo à Bohicon. C’était étonnant pour les habitants de voir des adultes, en plus des Européens, qui s’amusaient avec du sable comme des enfants, creusaient comme des taupes, rentraient et sortaient de « trous », mesurer le sol, prenaient des arbres en photo…

Les passants demandaient aux curieux qui étaient déjà sur place à quel jeu jouaient ces Européens. Certains demandaient même de quelle maladie ils souffraient tellement leurs comportements leur paraissaient anormaux. Quand ils finirent par savoir qu’ils s’intéressaient aux abris souterrains, ils leur faisaient comprendre qu’il y en avait aussi dans leur quartier, leur village, atour de leur maison. Ce fut ainsi que les travaux sur les souterrains partirent de Agongointo pour s’étendre dans toute la commune de Bohicon, d’Abomey, de Zogbodomè, Zangnanado, Za-Kpoto…En effet, presque tous les 10 arrondissements que compte la commune de Bohicon hébergent des souterrains de même que la région qui correspond au Plateau d’Abomey (9 communes). Après plus de 1600 abris recensés, les archéologues finirent par ne plus chasser les abris afin de plutôt concentrer leurs efforts sur ceux répertoriés. C’est ainsi qu’on sait maintenant qu’il y en a de 3 types différents. Les plus anciens et les plus spectaculaires sont concentrés dans la commune de Zogbodomè et sont creusés vers 16OO, ceux de Agongointo vers 1700 et les tous derniers vers 1800.

L’archéologie certifie que tous les souterrains trouvés sur le Plateau d’Abomey sont l’œuvre des humains et sont contemporains au royaume du danxomɛ. Mais jusqu’à nos jours, les souterrains n’ont pas encore révélé tout leur secret.

Une aventure archéologique unique au Bénin (Ep 2)

Les fouilles archéologiques furent concentrées sur les ahwando (abris souterrains) déjà répertoriés, plus particulièrement sur ceux autour de la zone de l’incident avec l’affaissement de la machine en 1998.

Le projet de fouilles archéologique donna vite naissance à un autre projet de valorisation du site qui finira par l’avènement d’un musée archéologique 10 ans plus tard. Voilà comment naquit le Village Souterrain ou Parc Archéologique de Bohicon. Le Royaume du Danemark demanda aux autorités béninoises d’en faire une nouvelle expérience dans le cadre de la décentralisation. Le musée prit alors un statut communal (et le seul jusque-là). Il ouvrit ses portes en août 2008.

C’est un site à ciel ouvert d’environ 7ha qui abrite 56 ahwando. La visite commence par une salle de maquette qui donne un panorama du musée aux visiteurs. Les autres étapes sont : l’abri par lequel la découverte a eu lieu en 1998, des espaces sacrés qui témoignent de la vie spirituelle des premiers occupants, une salle d’exposition contenant des vestiges retrouvés lors des fouilles, un espace de jeux, un circuit botanique, un jardin aux papillons pour mettre en valeur la biodiversité, la descente dans un ahwando pour s’imprégner de l’ingéniosité de nos ancêtres, un village artisanal pour valoriser l’artisanat du milieu. Le Parc archéologique (Village Souterrain) de Bohicon est devenu depuis un incontournable du paysage touristique béninois. Malgré les nombreux défis auxquels il fait face, le site garde encore tout son charme. Espérons que nos autorités lui accorderont toute l’attention qu’il mérite.

L’histoire pouvait s’arrêter là mais les ancêtres en avaient décidé autrement.
Une délégation danoise effectua une sortie sur le site quelques mois avant son ouverture officielle en tant que musée. Le professeur Klavs qui partageait les résultats de ses fouilles avec des officiels Danois fut interpelé par des objets particuliers qui jonchaient la piste qui devait constituer le circuit de visite du tout nouveau musée. Certains fragments de poteries et la présence de morceaux de scorie attirèrent l’attention de l’archéologue Danois. De nouvelles perceptives archéologiques s’ouvraient à l’horizon. Elles mèneront à des découvertes qui changeront à tout jamais l’histoire du Bénin.

Appelé par le Royaume du Danemark pour conduire des fouilles archéologiques au sujet des abris souterrains découverts lors des travaux de construction d’une route financée par son pays, le professeur Klavs ne savait pas que quand on foule le sol béninois, on en tombe immédiatement amoureux. Lui qui, au-delà de le fouler, l’avait aussi fouillé, venait de signer un contrat avec tous les ancêtres de ce pays, un contrat à durée indéterminée.

Une aventure archéologique unique au Bénin (Ep3)

Dans le projet de valorisation du site devant conduire au musée archéologique, la mairie de Bohicon devait contribuer en aménageant les pistes qui constitueront le circuit de visite au sein du site même et l’ouverture d’une voie tout au long du périmètre du futur musée.

Lors d’une sortie de terrain pour se rendre compte de l’évolution des travaux de valorisation du site, projet financé par le Royaume du Danemark, des officiels Danois suivi du professeur Klavs Randsborg (archéologue danois) se rendirent sur le site archéologique de Bohicon. C’était en empruntant le chemin qui conduit aux espaces aménagés pour la visite que le professeur Klavs remarqua des scories (1) et des tessons de poterie qui jonchaient la nouvelle piste aménagée. Après le départ des officiels Danois, le professeur Klavs demanda à rencontrer l’entreprise qui s’était occupé de l’aménagement du circuit de visite. A la question de savoir d’où venait la terre qui avait servi à constituer la piste, le service technique de la mairie de Bohicon orienta l’archéologue Danois vers les caniveaux nouvellement creusés pour drainer une partie de l’eau de ruissellement hors de la commune de Bohicon. C’était la DANIDA (coopération danoise) qui avait aussi financé ces travaux. Hasard ?

Le professeur Klavs fit quelques pas le long des caniveaux et ouvrit des yeux de hibou. Il y avait des vestiges de tous genres de part et d’autres du grand canal à ciel ouvert. La plupart étaient dégradés par le passage de la machine. La situation était urgente pour le Danois. Il fallait excaver et étudier cette zone avant que les humains et les intempéries ne fassent disparaître toute trace de l’histoire.

Les travaux débutèrent avec les études du sol notamment avec le magnétomètre (2). Suivirent des prises de photos, des mesures de terrain et toutes sortes de repérages. Ce furent toutes ces données que les archéologues analysèrent d’abord. Une fois cette ébauche réalisée, ils choisirent les lieux où excaver, notamment les endroits où le magnétomètre signalait de fortes intensités. Il fallait maintenant négocier avec les propriétaires terriens et des dignitaires du culte vodùn parce que certains espaces se trouvaient en plein dans des champs ou à côté d’espaces sacrés. Pendant plusieurs mois, je fus témoin de ce travail de fourmi.

Et le travail finit par payer. L’équipe danoise découvrit des tonnes de scories, certaines étaient enfouies dans le sol, d’autres étaient entreposées sous forme de grands tas en surface. La présence un peu plus loin de restes de hauts fourneaux confirmèrent que ces scories étaient le résultat d’un travail de fer et non issues d’une éruption volcanique. Certaines scories datent même d’avant Jésus-Christ. Les plus récentes sont de 1400 après J.C. La quantité de scories était telle que les archéologues jugèrent que le travail de fer devait être l’une des principales activités des populations à cette période-là. On avait creusé pour enterrer une grande quantité de scories afin d’avoir de la place pour cultiver la terre. Non loin des « puits de scories », les archéologues découvrirent des fondations de cases datant de plus 1000 ans av J.C. Selon eux, c’est la plus vieille ville africaine découverte en dehors de l’Egypte. On y trouva aussi une vieille lance en fer dont le travail fini était trop avancé pour une période aussi lointaine.

Le Bénin commençait à écrire de nouvelles pages de son histoire méconnue jusque-là. Et on était qu’au début des surprises.
A suivre…
1- Déchet émanant de l’extraction du fer ou roche volcanique
2- A l’image de l’appareil utilisé par les démineurs pour repérer des mines cachées sous le sol, le magnétomètre sert à mesurer l’intensité d’un champ magnétique

Une aventure archéologique unique au Bénin (Ep4)

Pendant le travail de localisation des souterrains sur le Plateau d’Abomey (région composée de neuf communes dans le département du Zou), les archéologues tombèrent sur des galeries composées de couloirs étroits et étranges remplis de reptiles et d’autres d’animaux tels des scorpions. Près des entrées de ces galeries, il y avait de véritables montagnes de scories, signes d’un travail d’extraction de fer. Un peu plus tard, ils découvrirent que la région comportant des galeries de fer était plus vaste qu’ils ne le pensaient. En effet, certaines activités étaient localisées sur le Plateau d’Abomey mais d’autres s’étendaient du côté de Dogbo jusqu’à Tado dans le Togo à l’ouest, de Kétou vers la Nigéria à l’est.

Lors des fouilles archéologiques autour du canal prévu pour drainer une partie d’eau de ruissellement de Bohicon, canal à ciel ouvert et long de 13km, les archéologues tombèrent sur de nombreux fragments de poteries. Pour les départager, les poteries en question ont été baptisées par rapport à leur ressemblance avec d’autres déjà étudiées, leur couleur, la période où elles ont été fabriquées… Ainsi, la poterie dite « Culture de la Poterie Unie » date d’environ 700-900 après J.C, celle de « Culture Sodohomè-Bohicon » de 1000-1200 après J.C, la « Culture de la Poterie Jaune » de 1000 av J.C, la « Culture Kintempo » de 2000 av J.C, la « Culture Saklo» de 4000 av J.C ou même plus encore.

Des outils en pierre vieux de plus d’un million d’années ont été également récupérés lors des fouilles archéologiques autour du même canal.

Grâce aux informations fournies par le magnétomètre, les archéologues arrivèrent à retrouver et à tracer, plusieurs mètres sous le sol, une ancienne ville de la période dite de la « Culture de la Poterie Jaune » donc d’au moins 1000 av J.C. C’est la plus vieille ville connue actuellement en Afrique au sud du Sahara et la plus ancienne en Afrique hors de l’Egypte. Cette ville couvre une superficie de plus de 500ha soit la taille de l’actuelle ville de Ouidah. Les maisons, dont le diamètre dépassait 7m, étaient faites de grandes huttes rondes avec des murs en argile et dont la pièce à vivre faisait presque 50m2. Les vestiges végétaux étudiés à la C14 indiquèrent que cette ancienne ville produisait déjà une grosse quantité d’huile rouge. C’est la preuve la plus ancienne d’une telle production dans toute l’Afrique. Les coques des noix étaient brûlées pour fournir un charbon particulier aux forgerons, exactement comme de nos jours.

Oui, il y avait déjà aussi une production de fer à cette époque-là. C’est la ville dont la production de fer est la plus ancienne et la mieux datée à travers les scories et les objets métalliques produits telle cette lance dont la technologie de fabrication était très avancée pour cette époque de plus de 1000 av JC.

Mais la production du fer connut son pic à partir de 1000 jusqu’à 1400 après JC. Selon les calculs des archéologues, la production de fer nécessitait 35kg de minerai et environ 39kg de charbon pour donner 2kg de fer et 23kg de scorie. Pour produire le charbon de bois nécessaire à la production de 2kg de fer, il fallait couper tous les arbres d’une surface de 100m2 de forêt.

Des centaines de montagnes de scorie furent retrouvées or une seule montagne de scorie était le résultat de 2.000.000kg de fer produit. L’ancienne industrie de fer dans le sud du Bénin était si importante qu’elle ne pouvait pas avoir existé uniquement pour un usage local. La majorité du fer devait être transportée vers le nord en direction des grands empires musulmans et vers le proche orient.

Cette production industrielle déclina de façon spectaculaire vers 1500. Ceci se produisit, sûrement, pendant une période de sécheresse sévère qui dut ralentir la repousse des forêts après que tous les arbres aient été coupés afin de faire du charbon de bois nécessaire pour chauffer le minerai de fer. Le phénomène dit « Dahomey Gap » venait sûrement d’être résolu (https://fr.wikipedia.org/wiki/Dahomey_Gap).
Décidément, le Bénin, comme toute l’humanité d’ailleurs, ne connait pas encore sa propre histoire.
Récit et photos inspirés de HISTOIRE ARCHEOLOGIQUE POPULAIRE de Klavs RANDSBORG et Inga MERKYTE traduit par Claudette DALLAVALLE et Sophie SIDENIUS OXFORD 2013

Une aventure archéologique unique au Bénin (fin)

L’incident survenu à Bohicon en 1998 (lire les précédents articles sur cette même page) donna place à une série de fouilles archéologiques dans la région du Plateau d’Abomey. Lesdites fouilles, à l’inverse de l’histoire apprise à l’école (du 17e siècle à nos jours), nous firent faire de grands bons dans le passé (du 17e siècle à -5000 ans avant J.C). Ce fut à travers ces fouilles que j’appris que des peuples dans l’actuel Bénin, notamment à Bohicon où j’habite, connaissaient le travail du fer avant l’Europe, que l’actuel commune de Bohicon abrite, à une dizaine de mètres sous son sol, la plus vieille ville de l’Afrique en dehors de l’Egypte, que des peuples produisaient déjà l’huile de palme plus de 1000 ans avant J.C, qu’il y avait une production industrielle du fer pendant plusieurs siècles avec des techniques de plus en plus améliorées, que le vodùn, tel qu’on le connait aujourd’hui, était pareil au 7e siècle avec les mêmes poteries rituelles (tous les écrits identifient le vodùn au 17e siècle)…

Le premier projet nommé BDArch (Bénin-Danemark Archéologie) fut conduit par le professeur danois Klavs et le professeur béninois Adandé et financé par la DANIDA (coopération danoise). Très vite, les financements diminuèrent puis s’arrêtèrent. Le Royaume du Danemark lâcha prise vers 2010 et Maersk Line (la compagnie maritime danoise) prit la relève. Maersk Line lâcha prise quelques années plus tard et la suite des fouilles prit un grand coup. Mais le professeur Klavs tint bon. Parfois il reçoit le soutien financier de quelques mécènes parfois il doit lui-même mettre la main à la poche pour rassembler le financement avant d’obtenir l’autorisation du gouvernement béninois à fouiller sur son sol. Pendant plusieurs années, certains doctorants et membres de l’équipe payaient eux-mêmes leur billet d’avion pour venir excaver au Bénin.

Depuis 20 ans les sites excavés, comparés à tout ce qui a été découvert, restent une infime partie. Et on continue toujours de découvrir d’autres sites. Il y a 3 ans, à Adovi dans la commune de Za-Kpota, le sol s’affaissa dans la cour d’une maison et on y découvrit une entrée conduisant à plusieurs compartiments souterrains. Les médias locaux en ont fait leur une pendant deux jours mais aucune suite jusqu’à nos jours. Il y a quelques années, le gouvernement béninois entreprit de grands travaux de drainage d’eau dans la région et après le passage des machines, on découvrit des os humains par endroits, des poteries de toutes formes, de divers objets tous cassés ou broyés par les machines…

Il y a quelques jours seulement, le service technique de la mairie de Bohicon, lors des ouvertures de voies à Saclo, tomba sur plus d’une douzaine de souterrains inconnus jusque-là. 4 de ces souterrains sont en plein sur la nouvelle voie. Quel sera leur sort ? Actuellement à Abomey, on construit des caniveaux mais dans le fossé de fortification appelé agbodo qui donna son nom à la capitale du danxomɛ, agbomɛ (à l’intérieur du fossé). Au lieu de restaurer ce fossé long de 10km qui sécurisait toute la ville, on y construit un canal en béton pour le dénaturer et le faire disparaître.

Quand est-ce qu’au Bénin il sera impératif d’opérer d’abord des fouilles préventives avant tous travaux ? Le gouvernement lui-même initie des travaux sans fouilles préventives et j’ai été témoin de maintes découvertes où les entreprises préféraient tout effacer, tout faire disparaître de peur de voir les travaux arrêtés ou l’itinéraire modifié. Les ouvriers saccagent les vestiges et en disposent comme bon leur semble. Combien de fois n’a-t-on pas vu des arbres séculaires (baobabs, irokos, fromagers…), véritables témoins du passé, ou des espaces sacrés (autels, temples, forêts sacrées…) abattus ou détruits parce qu’on refusait de détourner la construction d’une route ? On préfère détruire le patrimoine matériel, effacer les traces de l’histoire au nom de la modernité. Pendant combien de temps les dirigeants du pays vont continuer à opérer ces mauvais choix ?

A l’école béninoise, on n’apprend pas grand-chose de l’histoire du pays. Et la petite histoire enseignée commence à partir des royaumes de Niki, danxomɛ, xɔgbonu…des royaumes du 17e siècle tout comme si rien n’avait existé avant ou tout comme si c’étaient les seuls royaumes ayant existé sur l’actuel territoire béninois. La première langue apprise à l’école est le français. Après suivent l’anglais, l’allemand, l’espagnol. Aucune langue béninoise n’est encore enseignée dans les écoles béninoises. Dans le système éducatif, l’histoire de la France, de l’Allemagne, de l’ex Union Soviétique, des Etats-Unis, des guerres mondiales prend le dessus sur l’histoire du Bénin. La langue officielle du pays est le français. Comment peut-on espérer un quelconque développement dans un système éducatif aussi défaillant ? Parler, lire et écrire la langue d’ailleurs est un avantage à condition de ne pas ignorer la sienne.

Tout le territoire béninois est un livre d’histoire à condition de savoir l’ouvrir, de savoir le lire. Avec l’archéologie, le Bénin a une chance d’écrire, de restituer son histoire afin de rendre la fierté et l’identité qui manquent à ses élites, à ses enfants. Je ne comprends pas que les résultats des fouilles du professeur Klavs et de son équipe ne soient pas encore relayés dans nos écoles. Je ne comprends pas que depuis 20 ans, les budgets des communes du Plateau d’Abomey et le budget national ne prennent pas en compte les fouilles archéologiques. Aucune nation ne s’est émancipée en ignorant ses langues, ses cultures, son histoire, ses traditions, sa spiritualité. Si les dirigeants l’ignorent, le peuple peut le leur rappeler et inversement. Vivement que le peuple, les élites, les dirigeants prennent conscience de tous ces défis archéologiques. Cet article n’est qu’une contribution à cette prise de conscience.

Un grand hommage au professeur Klavs Randsborg, à Inga Merkyte qui l’a rejoint au Bénin depuis 2002 et qui continue de diriger les recherches archéologiques que le professeur a commencées, à Soren et tout le reste de l’équipe. Il serait ingrat de ne pas remercier leurs mécènes et toutes les personnes à divers niveaux qui continuent de les soutenir dans leur quête de restituer au monde entier une partie de l’histoire du Bénin, de l’Afrique, une partie de l’histoire de l’humanité.
MERCI

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