Bénin: « Je refuse de célébrer pour la 3ème fois la fête nationale », Narcisse Tomety

Le professeur Simon-Narcisse Tomety, comme à ses habitudes, ne veut pas participer à la célébration de la fête nationale. Pour la troisième fois, il évoque les raisons qui ne lui permettent pas de commémorer l’accession du Bénin  à la souveraineté internationale. Nous vous proposons la substance de son message.

Depuis plus d’un an, j’ai multiplié mes tests de sérénité sur près d’une trentaine de réseaux sociaux et je confirme que la peur s’est emparée du Béninois et je peux proclamer à la face du monde que le Bénin a basculé effectivement dans la dictature et le néolibéralisme. J’aimerais bien que les services de renseignement du Bénin prouvent le contraire de ce triste constat par la science et non par la force.

La confiance est en chute libre dangereuse entre le régime actuel et le peuple avec une distance psychologique que le Président Talon ne peut combler quel que soit le chemin qu’il entreprendra. Nous l’avons trop aidé comme nous n’avons jamais accompagné un régime parce que le connaissant un peu mieux que ses prédécesseurs. Nous craignions une crise de confiance irréversible, elle est au rendez-vous.

Personne ne comprenait ce que je recherchais en passant plusieurs heures par jour depuis trois années sur les réseaux sociaux. Je ne recherche aucune notoriété, aucune posture, aucun avantage. Que faire de ces choses éphémères si elles ne me sont pas dues par la Nature et mon travail?

C’est dommage, c’est regrettable et c’est un rendez-vous manqué pour le pays. Un peuple ne vit pas que de la beauté des voies et des immeubles. Il a besoin de respirer la joie mais vous avez choisi de nous étouffer parce que le peuple a tort de vous avoir choisi pour le guider.

Monsieur le Président, vous avez en trois années détruit la fraternité en nous, la convivialité en nous et nous subissons en permanence le désamour que vous avez pour nous. Vous avez confisqué la souveraineté du peuple en lui imposant les institutions et les lois qui vous fortifient pour le pousser à la déprime. Vous avez produit en trois années un peuple déprimé.

Monsieur le Président, même en écoutant vos audios et vidéos avant pendant la campagne présidentielle puis durant votre exercice du pouvoir, nous constatons que vous vous êtes préparé de façon très planifiée et méthodique non pas pour aider à sauver ce peuple de la pauvreté et du naufrage économique mais pour lui faire la guerre en imposant votre unique autorité et votre seule façon de voir le monde et le vie humaine. Monsieur le Président, est-ce cela ce que prévoit votre serment solennel du 06 avril 2016 ?

Monsieur le Président, êtes-vous vraiment à l’aise quand vous soumettez à vos seuls désirs de puissance tutélaire sur le Bénin toutes les institutions, toutes les religions, tous les opérateurs économiques, toute la chefferie issue de l’histoire, tous les syndicats et les autres organisations de la société civile? Etes-vous vraiment dans votre serment envers le Peuple, les Manes des Ancêtres et Celui qui nous a tous permis d’avoir une vie sur terre quand vous refusez systématiquement les appels de coeur de votre peuple et même des autres peuples africains? Vous n’admettez pas que le Bénin n’est pas en crise alors que la crise est non seulement visible et lisible, elle est systémique avec une multiplication de nos incertitudes sur le présent et le futur.

Monsieur le Président, vous avez tué le plaisir de vivre et l’espérance en chaque Béninois, le saviez-vous? Nous savons bien que cela ne vous dérange guère parce que vous voulez nous prouver que vous êtes élus par Dieu sans le choix des hommes. Monsieur le Président, vous avez été choisi par les Béninois et consacré par les mêmes Béninois. Nous sommes peinés de subir tant de haine que vous projetez sur nos âmes. Nous sommes en colère et pour franchement vous dire la vérité, vous avez cessé d’être le Président de nos rêves.

Nous sommes déçus. Vos courtisans ne pourront jamais vous dire et vous écrire le contenu de cette lettre car ils ont tous à votre endroit une dette de servage alors que nous autres, nous n’avons que la dette légitime de serviteur non pas du Président mais de notre pays.

Qu’est-ce que j’ai encore oublié de dire à mon frère Patrice Talon? Il est temps que tu sortes du palais pour aller à la rencontre de ton peuple qui ne te voit pas, qui ne t’entend qu’à travers les audios et les vidéos. Quand j’écoute tous ces audios de colère que projette dans le cosmos et à travers les réseaux sociaux depuis les tueries des 1er et 2 mai 2019, j’ai plus peur pour vous que pour moi-même. On sent que le peuple est en colère, brûle comme un volcan et est en train de vous tourner le dos. Oui, je connais autour de vous certains qui ont l’habitude de poser une question qui me fait sourire : « de quel peuple, ils parlent ». Seulement que le discours opportuniste de quelques uns ne suffiront pour élire et reconduire un Président de la République. Ne tuez pas le peu d’enthousiasme qui reste aux Béninois, monsieur le Président.

Non! Le Président pour lequel j’ai émis un vote favorable ne peut devenir le prisonnier d’un palais de la république que des technocrates chambrent avec des expertises bureaucratiques. Le Président de la République est le premier bien commun du Peuple. Vous ne devez appartenir à aucun groupe accaparateur. Nous sommes déçus. Vous avez tout le potentiel pour gouverner humainement ce peuple mais nous sommes très étonnés du chemin radical que vous avez emprunté. Monsieur le Président, c’est vous qui devez au peuple béninois et non le contraire. Vous l’avez dit vous-même durant vos moments d’enthousiasme.

Mes amis les PAYSANS m’ont dit, puisque vous les connaissez mieux que moi, que l’homme d’affaires Patrice Talon est un homme de terrain. Paradoxalement, vous resterez de tous les Chefs d’État, celui qui a très peu de contact humain avec le peuple. C’est une tristesse et une grande amertume. Vous dire que je continue personnellement de vous admirer comme par le passé serait un pur mensonge. Je me suis trompé de choix en 2016. Et pourtant au second tour, nous avons professer aussi votre promesse de rupture et de nouveau départ. Mais, je savais que j’allais être rattrapé par le néolibéralisme, une idéologie qui est à l’antipode du libéralisme humaniste que j’ai clamé et proclamé aussi dans la fièvre de la nouvelle conscience. Quand je vois mes amis et frères d’hier vous accompagner en pôle position dans le néolibéralisme, j’ai de la peine à croire à la foi des hommes. Je garde ma foi et elle me suffit. Ma conviction ne sera jamais vacillante puisqu’elle structure mon être et mes engagements pour ma patrie.

Je ne pensais pas que vous allez nous abîmer avec tant de mépris et de haine. Vous refusez de dialoguer, vous nous dirigez par des lois, c’est bien. Quand vous êtes en colère, vous ordonnez des réponses militaires musclés jusqu’à ce que le sang a coulé sur la terre de nos aïeux. C’est très bien.

Vos conseillers en communication ont baptisé votre style de gouvernance par le silence et l’insémination de la peur de la normo-communication. Ça aussi, nous l’acceptons. Vous êtes fier que toutes les forces de répression et les tribunaux ainsi que la quasi-totalité de la presse soient à votre unique service. C’est très bien aussi pour le peuple muselé mais non dormant.

Merci monsieur le Président. Que l’Eternel vous parle et vous accorde sa bénédiction.

Je refuse de célébrer pour la troisième fois la fête nationale. Vous avez deux anciens Chefs d’État en vie. Le 1er août, seront-ils à vos côtés? J’ai honte pour mon pays. Le Bénin ne mérite pas cette pâle et piteuse image. Vous lui faites porter le plus lourd fardeau de son humiliation depuis 1960. Il n’y a que votre frère, fils de Tomety pour vous dire cette triste et choquante vérité. Vous voyez comme je vous aime.

Je refuse d’avoir peur au nom de ma MISSION dans ce pays que nous avons en partage. Et j’assume ma citoyenneté.

Simon-Narcisse Tomety

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