Opinion

L’Europe doit se décider sur les relations avec l’Afrique

Alors qu’une nouvelle Commission européenne prend le relais, des messages nuancés concernant les relations avec l’Afrique émergent des déclarations de la présidente Ursula Von der Leyen. Elle donne la priorité au développement d’une « stratégie globale pour l’Afrique ».

Ceci est une tribune de Carlos Lopes, membre associé de Chatham House, professeur à la Mandela School of Public Governance, Université du Cap et haut représentant de l’Union africaine pour les partenariats avec l’Europe.

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L’idée n’est pas nouvelle

En octobre 2005, la Commission européenne a publié une telle stratégie. Son objectif déclaré était de « donner à l’UE un cadre global, intégré et à long terme pour ses relations avec le continent africain ». La stratégie était une réponse aux transformations économiques notables en cours sur le continent, à l’émergence de l’Union africaine et à d’autres changements géopolitiques qui ont créé de nouvelles demandes et une nouvelle orientation.

Plus d’une décennie plus tard, il est évident d’admettre que la relation entre les deux continents devient plus complexe que jamais. Pourtant, elle continue de s’appuyer sur des outils et initiatives de coopération multiples, fragmentés, parfois contradictoires. Il existe une forte résistance à véritablement évoluer vers un cadre de coopération global.

Pourquoi? Les 15 dernières années ont-elles été une occasion manquée?

L’érosion de l’influence européenne sur les développements économiques qui façonnent le continent est certainement une indication que quelque chose ne va pas bien. L’Afrique accumule un déficit commercial avec l’UE depuis 2015. La structure des échanges entre les deux régions n’a guère changé au cours des dernières décennies. Les biens primaires restent un élément clé des importations de l’UE en provenance d’Afrique, ce qui rend les relations commerciales de l’Afrique avec l’UE relativement vulnérables.

Depuis 2000, l’UE fait pression pour la conclusion d’accords commerciaux qui restent controversés dans de nombreux trimestres. L’accent mis sur le nombre d’accords commerciaux comme baromètre d’une évolution vers des liens économiques plus forts entre les deux continents a montré les limites d’une telle approche. Il ne parvient pas à soutenir l’industrialisation et le développement des infrastructures. La transformation structurelle des économies africaines est essentielle. Il nécessite un soutien proactif, notamment grâce au soutien de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA) récemment lancée.

Beaucoup se posent la question de savoir si l’UE est prête à s’engager dans le nouveau paradigme recherché par l’Afrique; ou continuer de promouvoir ses accords économiques dans une équation atomisée et démodée d’accès au marché par rapport à l’aide publique au développement (APD).

L’effet de levier ne fonctionne pas

Le fonds de 4,5 milliards d’euros devrait mobiliser environ 44 milliards d’euros d’investissements via des garanties et des financements mixtes. Ce plan ambitieux n’a pas encore donné de résultats. Il ne fait aucun doute que l’Europe devra utiliser intelligemment ses ressources limitées au profit de l’Afrique et des investisseurs européens. Les objectifs doivent être réalistes. Les données provenant d’initiatives où le mélange a été utilisé suggèrent que pour chaque dollar investi dans le financement de l’APD, le financement privé a mobilisé de petits montants supplémentaires: environ 0,37 $ pour les pays à faible revenu, 1,06 $ pour les pays à revenu intermédiaire inférieur et 0,65 $ pour les pays à revenu intermédiaire supérieur.

Cette performance indique que les objectifs de mobilisation du plan d’investissement européen sont farfelus. Les investissements devront répondre au problème le plus urgent pour les pays africains: l’emploi. À cet égard, la qualité de l’investissement importe plus que le nombre de projets qu’il crée. En 2018, par exemple, bien que les investisseurs des marchés émergents, principalement en provenance de Chine, aient représenté 34% des projets d’IDE en Afrique, ils étaient responsables de plus de la moitié des emplois créés. Si la limitation des migrations est la motivation de l’UE pour l’investissement, il existe certainement des incohérences détectables. Le Fonds fiduciaire de l’UE pour l’Afrique a alloué une partie de son pot de 4,5 milliards d’euros à des initiatives visant à stopper les flux migratoires vers l’Europe.

Des domaines d’intérêt commun tels que la traite des êtres humains figurent en tête de liste des priorités des deux parties, même si la plupart des actions se concentrent clairement sur des préoccupations à court terme. Les Africains en veulent à la conditionnalité déguisée que l’UE introduit dans leurs engagements avec certains pays africains. Ils s’attendaient à ce que l’UE reconnaisse la nature multidimensionnelle de la migration et aide à s’attaquer à ses causes profondes.

La contribution de l’Afrique à la lutte contre les pressions migratoires ne doit pas être sous-estimée.

Le continent abrite 26% de la population mondiale de réfugiés. Beaucoup de ces réfugiés viennent de régions telles que la Corne. Cette région sensible a connu un désengagement palpable de l’UE, comme en témoigne la baisse du soutien financier de l’UE aux opérations africaines de maintien de la paix dans la région. D’un point de vue pragmatique, les envois de fonds des migrants garantissent un flux de ressources prévisible vers les pays d’origine, dépassant largement l’aide au développement. Par exemple, en 2018, les envois de fonds de la diaspora ont atteint 11,6% du PIB de l’Égypte, 12% et 14,7% du PIB du Libéria et du Lesotho respectivement. Les tentatives de mettre la coopération sur la migration dans un coin soigneusement isolé ne fonctionneront pas.

La nouvelle commission a raison de dire que l’UE a besoin d’une ambition renouvelée et d’une stratégie globale pour l’Afrique. Mais pour ce faire, il devra être plus clair et convaincant. Il peut commencer par rassembler un ensemble d’initiatives et de dialogues disjoints qui ne sont pas ancrés dans un seul instrument structuré. Les prochains mois seront critiques. Si l’occasion 2020 est manquée, nous pouvons être assurés que dans 15 ans, nous entendrons toujours l’appel à une stratégie globale pour régir les relations de l’UE avec l’Afrique.

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