Bénin: Boni Yayi et les impondérables de la politique

En politique, il n’y a pas d’amis mais il n’y a que des intérêts, prévient un dicton séculaire. Boni Yayi semble se rendre à l’évidence, 10 années après l’exercice de la plus haute fonction d’Etat. L’homme assiste impuissant à la déconfiture du parti politique, dont il est l’instigateur et reste pantois face aux envolées de ses fidèles lieutenants d’antan.

L’ex-chef d’Etat risque de terminer son parcours politique dans l’anxiété et l’angoisse. Alors qu’il a besoin d’une retraite paisible et douillette, Boni Yayi est constamment éprouvé, et découvre au grand jour les visages béants de la vie politique. Il découvre également qu’au sein de sa formation politique, il y avait des gens qui méritaient d’être caressés dans le sens du poil.

Réconciliation des FCBE : échec et mat

Après moult tergiversions, la crise au sein des Forces cauris pour un  Bénin émergent (FCBE) reste entière. En dépit de la rencontre initiée par les sages et notables du Borgou dans le sens de colmater les brèches, la cohésion au sein de cette grande formation politique au regard de son ancrage, n’est visiblement pas pour demain. Toute chose ayant contraint le Président d’honneur a lâché son propre parti.

Dans son message de démission, le 05 avril dernier, l’on peut lire la grosse déception née de la volonté, dit-il, de certains militants en complicité avec les tenants du pouvoir pour faire disparaître le parti. Il estime que cette faction des FCBE qui se prépare à aller au scrutin communal a fait le choix de cette autoroute de l’exclusion pour jouir des privilèges qu’offre ce choix. C’est dire donc que toutes ses tentatives pour faire entendre raison à l’autre camp ont été vaines.

Il s’en est suivi une cascade de démissions des membres du bureau politique y compris des candidats au scrutin communal projeté pour le 17 mai. Osons reconnaître que le navire FCBE tangue toujours même si les nouveaux dirigeants tentent de se voiler la face en cherchant des boucs émissaires.

Comment Boni Yayi a mordu à l’appât

Boni Yayi s’est fait prendre au piège en donnant carte blanche au récépissé obtenu le 24 septembre 2019 par le camp Hounkpè dans une démarche exclusive et décriée par une frange des ténors. Les nouveaux textes ayant favorisé l’obtention de ce sésame ont dépourvu le Président d’honneur de plusieurs prérogatives, selon les dires. Pour peu dire, il devient juste un observateur et n’a donc aucun regard critique sur le parti. Les pouvoirs sont exclusivement concentrés au sein du bureau exécutif national.

Pour preuve, son ex-ministre de la défense, Théophile Yarou, intervenant sur une chaîne de télévision, a opposé un refus catégorique à Boni Yayi, quant à sa volonté de voir organiser un congrès extraordinaire avant le scrutin communal en vue. Et c’est le début d’un chemin de croix, dont la finalité a été la démission de l’ex-chef d’Etat. Loin d’être dans ses confidences, Boni Yayi serait dans l’amertume et l’angoisse pour n’avoir pas vu venir cet épisode de la vie politique.

Le rêve brisé de Yayi

Bien avant la situation, évoquée supra, qui a conduit à son départ du parti, la politique a joué un sale tour à Boni Yayi. L’homme s’est vu refuser le ‘’passeport’’ dans le cadre des élections législatives d’avril 2019. Très convaincu de la participation des Forces cauris pour un Bénin émergent, il écumait des kilomètres, parcourait villes, campagnes et hameaux du pays. Boni Yayi était partout dans le même temps pour tester encore sa cote de popularité qui manifestement est restée intacte.

Dans l’une de ses descentes pour dénoncer le processus électoral, Boni Yayi s’est rendu au marché de Dantokpa aux côtés de Nicéphore Soglo. Le Président Yayi se disait prêt à offrir son cadavre en vue de la tenue du scrutin législatif inclusif. Mais c’était sans compter avec les impondérables de la vie politique et le plan des adversaires, en l’occurrence les tenants du pouvoir.

La suite est connue de tous. Les partis d’opposition, tous écartés du scrutin législatif. Pendant que l’ex-président rumine cette réalité rangée dans les annales de l’histoire politique du Bénin, surgit une crise à nulle autre pareille qui pousse malheureusement le parti dans l’abîme. Forces cauris pour un Bénin émergent, après 10 années de gloire sans partage, dégringole et se vide de sa substance au vu et au su de tous.

Au regard de ce qui précède, l’on est forcé de dire que plusieurs facettes de la vie politique ont échappé au Président Boni Yayi qui au soir de son parcours l’apprend à ses dépens.

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