Bénin – Communales 2020: Ganiou Soglo appelle au boycott et justifie (tribune)

Comme à son habitudes, l’ancien ministre de la culture, Ganiou Soglo, publie une tribune chaque lundi matin. Ce lundi 11 mai, il s’est penché sur la tenue des communales du 17 mai, sur fond de pandémie de coronavirus, mais aussi et surtout de « l’exclusion de l’opposition ».

Ganiou Soglo, dans sa tribune de ce lundi, fait un procès au gouvernement de la rupture et invite, par voie de conséquence, au boycott du scrutin du 17 mai prochain. « Une majorité du peuple ne se retrouve pas dans ce marché de dupe. La mascarade que le président Talon organise pour servir ses propres desseins n’engage que lui et son clan et pas la nation », écrit-il.

L’ancien ministre de la Culture insiste que les conséquences des prochaines Communales seront inimaginables en s’appuyant bien évidemment sur les législatives du 28 avril 2019. Car, déplore-t-il, loin de ce qu’il appelle mascarade, le coronavirus fait ravage dans le pays et n’est pas encore circonscrit. Tenir les élections dans ces conditions ne garantit pas la survie des populations, au lendemain du scrutin, fait-il observer. Il en a profité pour jeter un pavé dans la marre de certains soutiens du régime de la rupture. Lisez plutôt!

Les élections municipales sont pour notre pays un moment d’allégresse et de joie avec ses couleurs et son folklore. C’est l’occasion pour chacun de vendre son rêve, son idéal pour sa commune, sa ville, dans le meilleur des mondes. J’ai eu la chance depuis 2002 de bercer dans cette ambiance. Même en étant de l’opposition, la Renaissance du Bénin (RB) a toujours su tirer son épingle du jeu. C’est cela le principe de la démocratie. Malheureusement, notre jeune histoire politique va être confrontée pour la deuxième fois à un fait inédit, l’organisation d’élections exclusives par le pouvoir en place. Nous assistons à un déni de démocratie ! Alors que l’histoire nous a toujours enseigné qu’on est toujours fort à plusieurs. La métaphore du roi Guezo perd tout son sens.
Un politicien de «l’ancien monde» de notre pays disait lors d’une prise de parole que le « Bénin était un Etat saccagé, fragilisé, fragmenté, banalisé, descendu de son piédestal et dans lequel tout ou presque devrait être reformé », je cite.
Force est de constater que c’était prémonitoire plutôt pour le régime de la rupture.
Car…
Saccagé, Oui au commencement il était le PAG… Le Bénin révélé devait par le truchement de projets structurants nous révéler au monde. Tout a commencé sous la férule du préfet Toboula où ils ont commencé à détruire le tissu économique informel local (le président lui-même s’en ai inquiété après coup le 29 mars dernier en abordant la question du non confinement), les petits gens ont vu impuissant leurs sources de revenu partir en fumée.
C’est le début de la paupérisation du petit peuple.
Fragilisé, avec sa politique d’asphaltage de la ville de Cotonou et de grands travaux qui ne génèrent pas de recette à l’Etat. Notre dette s’envole vertigineusement (plus de 5000 milliards de nos francs). Un malheur ne venant pas seul, le Nigéria ferme ses frontières, une pandémie menace le monde, conséquence de cela nous allons probablement rentrer en récession. L’Etat est obligé de faire des emprunts pour honorer ses engagements en mettant en garantie la retraite des béninois.
L’avenir de nos petits-enfants est gagé.
Fragmenté, mes chères compatriotes avec la rupture la jeunesse est cadenassée, embastillée, les libertés fondamentales sont bafouées, des lois scélérates sont votées, notre constitution triturée, un parlement illégitime installé, des élections exclusives organisées et un pays divisé.
Notre pays est la caricature d’un Etat de droit.
Banalisé, comment pouvons-nous nous retirer notre protocole de saisine d’une institution parce qu’elle a pris des décisions contre notre pays (CADHP, CEDEAO). Décisions qui ne découlent que du caractère monopolistique et clanique du régime Talon. Pire, en 4 ans nous n’avons reçu la visite officielle d’aucun chef d’Etat ami. Je n’oublie pas la présidente d’Estonie et du président Indien. Mais vous comprenez ma pensée. Pour monter sa côte ou faire de la communication de masse, les pays se battent afin d’avoir l’organisation de sommet ou d’événement culturel ou sportif majeur, le Bénin nenni !
Malgré cela l’espoir est permis.
60 ans d’indépendance cette année, nous sommes en fin de cycle. Nous avons tout essayé et même l’ultra libéralisme sauvage depuis 4 ans. Mais comme je l’écrivais dans l’essai que j’ai publié en 2005 « Déchaînons l’Espoir » pour un Bénin prospère, l’homme doit être au cœur du projet politique.
Florilège…
Il m’apparaît impensable de rentrer dans le 3ème millénaire sans revenir sur ce qui fait notre « NOUS » je cite nos valeurs, notre éducation, notre culture, notre héritage mémoriel. Des idées politiques portées par d’illustres personnages comme Patrice Lumumba, Julius Nyéréré, Kwame N’kruma, Sylvanus Olympio, Gamal Nasser, Sékou Touré, Thomas Sankara, Nelson Mandela, etc, ont illuminé pendant de nombreuses années la flamme de l’espoir sur notre continent.
Aujourd’hui, nous devons penser notre développement, un développement qui nous ressemble. Si croissance il y a, elle doit être véritablement inclusive. Pour être plus terre à terre, en prenant le panier de la ménagère il doit y avoir 5 ingrédients : huile, poisson ou viande voire poulet, riz ou maïs, tomate et oignon. C’est comme cela que je visualise et perçoit la croissance et non par le nombre de tonne de coton qui est envoyée quelque part de l’autre côté de l’atlantique.
Pour se faire, il faut remporter le défi agricole, réussir la révolution verte. Nous avons une qualité de sol extraordinaire, il nous faut modéliser l’ingénierie, financer nos agriculteurs, mettre en place une industrialisation même embryonnaire. Enfin, circonscrire le rôle de l’Etat (régulateur, incitateur, régalien) dans la vie économique et sociale du pays.
Oui, il y a des raisons d’espérer
Pour finir cette tribune, je souhaite rappeler qu’il y a des élections le 17 mai prochain. Une majorité du peuple ne se retrouve pas dans ce marché de dupe. La mascarade que le président Talon organise pour servir ses propres desseins n’engage que lui et son clan et pas la nation. Mais avec de graves conséquences
Nous ne pouvons donner caution à cela. Joseph de Maistre disait à juste titre: « Toute nation a le gouvernement qu’elle mérite ». Participer à ces élections serait avaliser tout ce qui a été fait en amont.
Nous devons avoir en mémoire les vaillants compatriotes qui sont tombés sur les champs d’honneur pour que nous ayons la conférence nationale des forces vives, et aussi nos morts des 1er et 2 mai 2019 qui n’ont même pas encore eu de sépulture pour le repos de leurs âmes.
On ne peut oublier.
Mais encore, nous sommes en pleine pandémie qui n’est pas encore circonscrite. Dans des pays qui se respectent il y a un processus relatif à la chute du nombre de cas confirmé de malade et qui justifie le début ou non du déconfinement. La vie humaine n’ayant aucune valeur surtout quand il s’agit des intérêts égoïstes de certaines personnes, nos dirigeants maintiennent le scrutin bon gré mal gré.
La catastrophe annoncée par les experts au début de cette pandémie n’a pas eu lieu. Par contre on observe dans la plupart des pays africains et aussi au Bénin une augmentation du nombre de personnes contaminées alors qu’ailleurs la courbe prend le chemin inverse. Ce virus risque de s’inscrire dans notre quotidien tous les jours et pour longtemps si une action réelle n’est pas engagée.
C’est une histoire de responsabilité.
Qu’en pensez-vous ?
Je vous souhaite une excellente semaine et surtout pensez à vous et protégez-vous !

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